L’auto veut mettre les femmes à l’usine

Publié le mercredi 13 octobre 2010 |

Mesdames, réjouissez-vous ! Vous qui avez toujours rêvé d’aller travailler dans les allées feutrées des chaînes d’assemblages, vous êtes vernies. Car les constructeurs n’attendent que ça ! « Par son plan Women@Renault, lancé début 2010, Renault s’est fixé comme objectif d’attirer et de retenir plus de femmes dans l’entreprise. Il s’agit de féminiser les équipes pour atteindre plus de mixité, facteur de performance pour l’entreprise », annonçait très récemment le constructeur au losange dans un communiqué. Mieux : au travers d’une charte baptisée « Les Elles de l’Auto », Renault s’engage à « féminiser les équipes en se fixant des objectifs chiffrés, mobiliser le management autour de cet objectif, et piloter le taux de féminisation ».

Bon, en fait, il s’agit moins d’ « attirer et de retenir » des femmes dans les usines que dans les bureaux et les locaux commerciaux. En effet, Renault s’est donné pour objectif de recruter 30% de femmes sur les postes techniques (dont combien en R&D ?) et 50% sur les profils commerciaux. Autrement dit, on n’est pas encore près de voir une majorité de filles sur les chaînes. Et surtout, je veux bien que les industriels français cherchent à féminiser leurs troupes, mais lancer ce communiqué à la veille du Mondial de l’automobile 2010 où, tous les deux ans, parce que c’est de bon ton, certains journalistes s’interrogent bruyamment sur l’intérêt de planter systématiquement des top modèles à côté de chaque voiture exposée, ça sent un petit peu la démagogie…

Moi, je n’ai rien contre les filles dans l’industrie, bien au contraire. Même pour des travaux d’hommes, elles bossent généralement aussi bien – et même mieux pour des tâches demandant de la dextérité et du soin – que les bonshommes. Mais là, je crois bien qu’on se moque de nous, qu’on se moque d’elles.

D’abord, si j’ai bien compris les nombreux articles sortis au moment de l’ouverture du salon, les ventes de voitures dans l’Hexagone, mais aussi leur production, sont en furieuse baisse ! Alors à quoi bon aller pêcher de nouvelles recrues ? Et puis, allez demander aux sous-traitants de l’automobile, ceux qui s’interrogent encore sur leur avenir en France, ou aux représentants du personnel des sites de montage français (Rennes ou Sandouville, par exemple, ou les effectifs ne cessent de fondre depuis plusieurs années) s’ils jugent fondamental de « piloter le taux de féminisation de l’entreprise ».

On se trompe de débat. Plutôt que de nous embrouiller avec des discours pseudo-féministes et égalitaires, les constructeurs feraient mieux de s’interroger sur la dangereuse baisse d’intérêt des jeunes, tous niveaux de qualification confondus, pour les métiers de l’industrie en général, et de la mécanique en particulier.

A bien y réfléchir, quand un ingénieur choisit la finance plutôt que la production à la sortie de l’école, est-ce plus grave quand il s’agit d’une fille ?

 

Moi, j’dis ça, j’dis rien…

 

Jean-Sébastien

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