newsletter 182 - L’INDUSTRIE du FUTUR est totalement "HAS BEEN"

L’INDUSTRIE du FUTUR est totalement "HAS BEEN"

Publié le vendredi 14 décembre 2018 |

L’usine du futur vous effraie ? Annibale, Edouard et Michel nous disaient déjà comment faire …en 1597. Et c’est extraordinaire !

Non mais allo ! Quoi ?

J’ai reçu un choc en pleine figure en visitant l’ambassade de France à Rome, plus connue sous le nom de Palais Farnèse.

  • Chroniqueur patenté, tu dérapes ! Je t’ai demandé un texte innovation pas une analyse géopolitique, lance un redac’chef soudain blêmissant.

Moi imperturbable : « La Famille Farnèse, outre le fait qu’elle se soit généreusement occupée de fournir des papes de père en fils, a tout autant fait grandir le monde des arts. Elle a compris, avant d’autres que la Renaissance était une révolution profonde.

  • Et en plus, il est pédant (redac’chef très contrarié)

Donc ce Monsieur Farnèse, appelons le Edouard, alla commander à Annibale Carrachi, un truc unique qu’on ne trouve pas facilement chez Castorama, à savoir une immense fresque pour couvrir la voute de sa loggia : « Je veux l’effet Wow absolu. Moyens illimités ».

Carrachi, ne se fait pas prier. Il consulte les cadors de l’époque : Michel-Ange, Tibaldi et Raphaël. Il mixte les techniques les plus avancées et s’attaque à ce qui sera considéré par beaucoup comme l’aboutissement absolu de la Renaissance. A tel point que des stagiaires d’un peu partout veulent venir exercer leur talent ici, avant de l’exporter en Europe.

  • Bon, Ok. Tu as fait ton guide Michelin, mais où veux-tu en venir ? (Redac’chef totalement déprimé)

  • Tu n’as pas encore compris ?

  • Non !

  • Mais c’est simple pourtant ! C’est une analogie, une allégorie, une métaphore. Que sais-je encore. Aujourd’hui, la Renaissance, nous la vivons ailleurs, un peu partout dans le monde…dans l’industrie. Les stucs, les sfumato les dorures, s’appellent impression 3D, cloud ou cobotique. Mais sur le fond rien n’a changé.

Enfin, si, un peu. Car des Edouard au portefeuille rebondi, cela ne court pas les allées des usines. Et franchement, je n’aimerais pas être patron de boîte, à l’heure de la préparation des budgets : ça va castagner dur.

Le directeur informatique : « notre système est totalement dépassé. Aujourd’hui c’est du big data qu’il nous faut. »

Le directeur de production : « mais vous n’avez rien compris, si je ne peux pas produire, pas besoin de vos data. Non, l’important, ce sont les machines autoadaptatives, dopées à l’intelligence artificielle ».

Le bureau d’études : « Mais c’est en amont que tout se passe. Ne pas investir dans les maquettes numériques, c’est se tirer une balle dans le pied face à nos concurrents ».

La logistique : « Nos entrepôts dégueulent de partout avec vos augmentations de capacité de production. Si je ne peux pas livrer les clients, vous êtes morts. On doit investir dans des AGV pour réguler les flux. »

Et le marketing en rajoute : « Vous avez remarqué, l’image que nous donnons à l’extérieur ? Nous avons les meilleurs produits du monde mais notre stratégie digitale est totalement pourrie. Si vous voulez récupérer de nouveaux clients ou attirer des talents, il va falloir repenser notre communication avec des outils du 21e siècle »

La DRH : « Et moi, je fais comment ? J’ai des demandes pressantes de télétravail et je ne peux fournir que du papier-crayon ».

C’est alors que se lève la sécurité : « ok les gars, vous rigolez bien avec mes histoires de grillage et de contrôle d’accès. Mais là, ce dont vous nous parlez c’est une passoire numérique. Vous gueulerez contre moi quand vos machins seront infectés de virus. Il est temps de vous réveiller ».

A cet instant précis, le boss, soit il explose, soit il est tétanisé, d’autant plus qu’il entend d’autres signaux venant de la société civile qui s’appellent économie d’énergie, risque environnemental, réchauffement climatique, pouvoir d’achat et j’en passe.

Et si on se trompait de débat ? Si le premier investissement que l’on avait à faire, n’était pas numérique mais humain. On aime investir dans le système, la machine, l’outil, le logiciel car celui-ci semble infaillible. Mais le système, fut-il ultra digitalisé ne sait pas gérer le fortuit, contrairement à l’Homme. Investir dans toutes ces merveilles du 21e siècle, c’est d’abord apprendre à redevenir des « stagiaires d’Annibale ». Apprendre à les utiliser (les « règles »), mais aussi apprendre à savoir en déroger, bref à décider localement en cas d’imprévu (« la régulation »).

Vu avec cette perspective, l’investissement demandé, reprend de la valeur, car il se fait à la vitesse de l’apprentissage et de l’appropriation des technologies. Il donne du sens à l’intelligence collective et replace le terrain au cœur des choix stratégiques.  On ne gagnera pas demain avec la qualité des règles, car tout le monde a les même process, mais par celle des régulations, car personne n’a les mêmes équipes et les mêmes individualités.

En ce sens, le terme d’industrie du futur est has been. Nous assistons à une Renaissance, bien plus profonde, de l’Industrie. Elle replace l’Homme au cœur, comme ces artistes du 16e siècle, venus s’approprier de merveilleuses techniques au service de la « belle ouvrage ».

 André Montaud

am@thesame-innovation.com

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